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Elishams, l’Inde où je vis : Qualité spirituelle et saleté matérielle

À droite, Ramji ramasse les offrandes fanées pour les empiler sur le bateau devant lequel un brahmane se prépare à accomplir son rituel.

Le reportage de François Gautier, correspondant du Figaro,  » « L’inde va-t-elle vers un désastre écologique ? » nous donne une approche nuancée de la réalité :

« Benares. Tous les matins depuis cinquante ans, Hari Prasad se lève à 3.30 et après s’être dévêtu, descend religieusement les marches du ghat Kedarnath qui s’avance dans la rivière Gange. Là il s’immerge entièrement, y plongeant trois fois la tête, en marmonnant des prières sanskrites ; puis en extase, il en boit quelques gorgées, après avoir chanté trois fois AUM, la syllabe sacrée des Hindous. Quand on lui fait remarquer que l’eau du Gange à Benares est si polluée qu’elle est même déconseillée aux animaux, il s’indigne :  » Ganga hardam swatch e »,  » le Gange est éternellement pur « .Car ici nous sommes dans la ville la plus ancienne, la plus sainte des Grandes Indes et il y a 5000 ans que les Hindous tiennent le Gange pour sacré. S’y baigner, c’est se purifier de tout mauvais karma ; y mourir, c’est être sûr de bien renaître dans la prochaine vie.  » Et pourtant, accuse Navaroze, un écologiste indien, regardez donc ce que les Hindous ont fait – et font encore de leur Gange : ils y jettent leur morts ; ils y urinent ; ils y défèquent ; et maintenant ils y déversent les déchets de leurs usines chimiques « . Et c’est vrai : ce même Hindou qui urine un peu pus haut, va tout à l’heure boire l’eau du Gange en aval, pensant ainsi se purifier. C’est comme si les Hindous pensaient que la qualité spirituelle de l’eau du Gange ne pouvait être entachée par la saleté matérielle. Et Navaroze de conclure :  » Le fleuve Gange semble être la parfaite illustration d’une religion qui exige de ses fidèles mille rites pour se purifier, mais laisse sa matière dégénérer « .

Pendant plusieurs mois, en 1999, j’ai accompagné grand-père Kishun faire ses ablutions de l’Autre côté de la rive, juste en face de la ghât principale. Et chaque jour, immanquablement, durant la traversée, il remplissait son pot de métal de l’eau du fleuve et la buvait à grandes goulées gourmandes. Il m’affirme avoir fait cela depuis sa plus tendre enfance. On peut voir sa photo à l’article  » « Bénarès, ville des Baba » : n’a-t-il pas l’air en pleine santé ? Ne nous y fions pas : depuis deux ans, il prend des médicaments pour le coeur. Cela ne l’empêche pas de se lever aux aurores chaque jour, de tenir sa shop de thé, et de projeter l’achat d’une maison… à près de 78 ans ! Kishun le laitier, Bhola, prêtre, Hari Prasad de l’article de Gautier, ne sont que quelques exemples parmi les milliers d’Hindous qui recommandent leur santé à Mère Gange.

« C’est comme si les Hindous pensaient que la qualité spirituelle de l’eau du Gange ne pouvait être entachée par la saleté matérielle » dit le correspondant du Figaro. L’esprit serait-il plus fort que la matière ? Un hindou en est convaincu : la réalité est conditionnée par le regard. La preuve ? Lorsqu’un homme aime une femme, fusse-t-elle laide et déformée, elle est pour lui la plus belle. Du jour où l’amour n’est plus, il ne cesse de lui trouver des défauts… Ainsi l’Amour des Hindous pour Mère Gange, la foi et la confiance avec laquelle ils l’honorent rendent le fleuve bienfaisant, purifiant, libérateur. Je vois d’ici les sceptiques froncer les sourcils… Pourtant nous devons nous rendre l’évidence lorsque nous voyons des adeptes se baigner dans une eau contenant « 80’000 colibacille par millilitre alors que la moyenne acceptable se situe à 10 par 100 ml », et boire cette eau sans en éprouver le moindre inconfort ? Perso, je m’y suis baignée tant et plus et avec le plus grand plaisir. Aller, un petit verre pour la route ?

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